|
Le volume restreint laissé à la création accroît cet attrait irrépressible des contraintes et du cadrage. Le texte est présent, monolithique, comme une stèle, intouchable, car noire est l’écriture . La création graphique est centrée en général sur une autre page, dans une sorte de rencontre frontale. Cette structure de la confrontation, fréquente dans l’œuvre de Martine Lafon, apporte un équilibre indéniable à ses livres.
Il serait réducteur de ne voir dans les livres de Martine Lafon qu’un écho à son œuvre plastique, que l’occasion de fixer une rencontre entre textes et images, cédant à la facilité. Il y a à la fois dichotomie et liaison.
Ses livres sont autant de paysages sensibles où vibrent la couleur et le trait, où retentit la force des gravures accentuant la charge du rouge sur le blanc de la feuille, sans nuance, presque de façon manichéenne avec en écho l’efficacité graphique du signal ou de l’imagerie populaire. Le rythme sériel des pages impose sa temporalité et son espace, développant un polyptyque, …et puis soudain l’enveloppe, le recouvrement remet le livre en attente, en sommeil, avec seulement quelques traces, indices extérieurs qui trahissent à peine l’intimité …de cet espace sacré.
La couleur rouge y trouve tout son retentissement, couleur par excellence qui, réunie avec le blanc et le noir, constitue le système autour duquel s’organisent de nombreux codes sociaux. L’ordre ternaire - rouge, écriture, page - offre cette sorte de synthèse et d’équilibre. « Le rouge pour Martine Lafon n’est plus une couleur » c’est une quête.
|